Le Blog halal de tout les temps

5juil/110

Le halal, « une philosophie de vie »

Le terme halal ne s’applique pas qu’à la nourriture, comme pourraient encore le penser beaucoup de personnes. « Consommer halal est une philosophie de vie, comparable au bio » comme nous l’explique Bruno Bernard, consultant expert en commerce international pour la Brussel Entreprises Commerce and Industry (BECI) de Bruxelles, co-auteur de l’ouvrage « Comprendre le Halal » et créateur de la Certification Officielle Halal européenne.

Le boom du halal

Cette apparition soudaine sur le marché de produits halal pourrait être comparée au boom du bio dans les années nonante. Elle est notamment la conséquence d’un certain manque de confiance des consommateurs musulmans envers les produits. « Beaucoup de musulmans ne font plus confiance au marché », nous explique Bruno Bernard, créateur de la Certification Officielle Halal européenne. « Par exemple, on leur a vendu des yaourts, produits qu’ils n’avaient pas l’habitude de consommer. Or, il n’était pas précisé de façon claire que la plupart contiennent de la gélatine de porc. Lorsqu’ils s’en sont rendus compte, ils se sont sentis trompés ».

Quand à l’évolution future de ce marché en pleine expansion, Bruno Bernard pense que d’ici une trentaine d’années, celle-ci tendra à se calmer : « L’évolution de la société arabe rendra peut-être les jeunes moins religieux. Beaucoup d’entre eux seront plus intéressés par Facebook que par la nourriture halal ».

De plus, la globalisation de notre société ne limitera plus la nourriture halal aux musulmans. « Lorsque je mange une pizza, je ne deviens pas italien. De même que nos grands-parents ne mangeaient jamais de couscous, de hamburgers, notre société évoluera peut-être et tout le monde consommera alors du halal ».

Quelques précisions sur le halal

Sont considérés comme halal, ou licites, les produits ne contenant ni porc, ni alcool. Pour consommer de la viande l’animal doit avoir été abattu selon les règles sacrées du Coran, c’est-à dire égorgé sans étourdissement préalable. Et enfin, l’animal ne doit pas avoir été élevé au préalable de manière intensive.

De plus en plus de grandes marques proposent une version halal de leurs produits, comme les bonbons Haribo, fabriqués sans gélatine de porc. D’autres produits peuvent être halal, comme les cubes de bouillon, les boissons qui par leur certificat de conformité halal, ne sont pas entrées en contact avec des denrées illicites ou interdites.

A contrario, certains gels douche, shampoings ou cosmétiques peuvent être décrits comme étant haram ou illicites, car contenant des composants dérivés du porc, comme des pigments.

5juil/111

FRANCE: La viande « Halal », un négoce juteux…

Personne ne sait exactement combien il y a de musulmans en France, mais leur nombre dépasse les quatre millions (sur une population totale de 60 millions). Environ la moitié sont des étrangers, et l’autre moitié ont la nationalité française.  Si on estime que chaque personne mange au moins cinquante kilogrammes de viande par an, la quantité de viande consommée par les musulmans de France est assez considérable, autour de 200.000 tonnes: si tous les musulmans de France étaient de bons musulmans, et ne mangeaient que de la viande “Halal”, c’est à dire de la viande d’animaux sacrifiés rituellement, cela représenterait un marché assez important, de 10 à 15 pour cent du marché national, pour de la viande préparée pour des musulmans dans un pays majoritairement chrétien.

Et effectivement il suffit de se promener dans certains quartiers de Paris, en particulier le long des boulevards de Belleville, Ménilmontant, la Villette et dans la rue Jean-Pierre Timbaud, dans le nord-est de Paris, pour être convaincu qu’effectivement tous ces Arabes, ces Turcs et ces croyants français sont de bons musulmans: on peut voir sur les enseignes de presque toutes ces boucheries les inscriptions “Boucherie Halal” ou Boucherie Musulmane”. Abandonnés par leurs clients traditionnels, qui achètent 80 pour cent de la viande qu’ils consomment dans de grandes surfaces, les bouchers français vendent leurs commerces à des immigrants musulmans.

Pas plus de cinq à dix pour cent de la viande vendue sous l'étiquette Halal est réellement Halal

Mais en fait, la plupart des chefs de la communauté musulmane  et les experts français estiment -- et c’est probablement la seule chose sur laquelle ils soient d’accord -- que pas plus de 5 à 10 pour cent de la viande vendue en France sous l’étiquette “Halal” est réellement “Halal”: “Entre 90 et 95 pour cent de la viande vendue dans des boucheries “musulmanes” n’est pas “Halal”, estime un expert du ministère de l’agriculture: “Un boucher achète un mouton qui a été tué rituellement sous la supervision d’un musulman, et l’accroche bien en évidence à la devanture de sa boutique, avec son timbre bleu et vert; mais tout le reste de la viande qu’il vend dans son magasin provient du marché en gros de Rungis, et n’est certainement pas “Halal”...

Larbi Kechat, le recteur de la mosquée “Ad Dawa”, l’un des plus grands lieux de culte musulman de Paris, connu sous le nom de mosquée de Stalingrad, admet qu’un “très grand pourcentage de magasins vendent de la viande qui n’est pas vraiement “Halal”. Pourquoi? “ Parce que tout le monde sait que l’Islam rapporte de l’argent. Ces gens veulent s’enrichir à n’importe quel prix”.

Ahmet Bakjan, secrétaire général de l’Union Islamique de France, qui supervise l’une des deux petites “mosquées” turques du Faubourg Saint-Denis, à Paris, prétend que “dans cette rue (pleine de “boucheries musulmanes”) on ne peut pas trouver de viande “Halal”, spécialement dans les boucheries turques. “Je connais personnellement, raconte Ahmet Bakjan, un boucher turc qui est communiste, mais qui a mis “Boucherie Musulmane” sur son enseigne pour gagner plus d’argent”.

Paradoxalement,  le problème de la “fausse viande Halal” est devenu un problème national dans un pays qui est en même temps laïque et majoritairement chrétien. Tout d’abord parce que comme tous les “labels”, le label “Halal” est soumis à la loi française, qui interdit de tromper le consommateur et de lui vendre un produit qui n’est pas conforme à l’étiquette... Et aussi parce que des sommes d’argent colossales sont en jeu. Et finalement parce que ce problème concerne directement la très délicate question de l’organisation de la communauté musulmane de France.

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11mar/111

A PAMIERS (ARRIÈGE), LA COLLECTIVITÉ FINANCE LE HALAL

La société d’exploitation des abattoirs de la ville est dotée d’un piège rotatif . Un nouvel outil qui permet d’abattre les bovins dans le respect des rites juifs et musulmans.

Chez Alisam, magasin d’alimentation spécialisé dans les produits halal, l’étalage de viandes déborde. « Il y a une vraie demande sur Pamiers, confie Christophe, qui s’occupe du rayon boucherie. Nous écoulons environ 300 tonnes de viande halal par an ici. » Problème, le patron travaille depuis le début avec les abattoirs de Castelnaudary. Pourtant aujourd’hui, les abattoirs de Pamiers pourraient assurer les commandes. Depuis cet été, le piège rotatif a fait son apparition zone du Pic. Une machine qui permet de respecter le rite musulman selon lequel l’animal doit être égorgé sans être anesthésié, ce dernier est orienté vers La Mecque et il est maintenu lorsqu’il se débat.

« Avant la mise en place de ce dispositif, nous réalisions déjà l’abattage rituel de moutons qui peut être effectué sans l’assistance d’une machine de contention, précise Francis Rey, directeur de la société d’exploitation des abattoirs de la ville. Mais pour les bovins c’est une autre histoire, ce sont de grosses bêtes. Aujourd’hui, nous avons la capacité de proposer du bœuf halal ou casher grâce à ce nouvel outil. »

LE PIÈGE ROTATIF FINANCÉ PAR LA COLLECTIVITÉ
Son coût ? 60 000 euros. Une somme englobée dans l’ensemble du budget dédié aux travaux de rénovation des abattoirs qui ont eu lieu en 2010. Un million d’euros consacré à la remise aux normes des locaux, des machines, en partie supporté par la collectivité. La chambre d’agriculture, la commune et communauté de communes, le conseil général et régional ont participé au financement. François Toulis, président de la chambre d’agriculture de l’Ariège est convaincu : « Il fallait que les abattoirs de Pamiers se dotent d’un piège rotatif afin de ne pas laisser s’envoler le marché de la viande halal hors du département, nous en avons trop besoin. »

Un investissement qui s’avérait donc indispensable selon la chambre d’agriculture et qui est confirmé par les grossistes appaméens. Aujourd’hui, les professionnels sont en mesure de proposer de la viande halal et casher mais faut-il encore trouver les opérateurs.. «La majorité des boucheries halal de l’Ariège et Toulouse travaille avec les abattoirs de Castelnaudary qui est déjà équipé depuis plusieurs années, constate Frédéric Amardeil, directeur du comptoir appaméen des viandes. Je ne veux pas être trop pessimiste car c’est vrai que maintenant, nous avons le potentiel. »

10mar/110

CASINO RETIRE DES RAYONS SES SAUCISSES HALAL DE CHEZ HERTA

(LEDAUPHINE.COM) Le groupe Casino a annoncé mardi le retrait de la vente de saucisses certifiées halal de la marque Herta (Nestlé), au centre d’une polémique après la publication d’un rapport d’analyses faisant état de traces de porc dans ces produits destinés aux musulmans. Le groupe de distribution avait déjà suspendu il y a quelques jours les approvisionnements de ces saucisses de volaille. Il va désormais plus loin en annonçant « sa décision de retrait de la vente des deux références de saucisses Knacki Herta Halal ».
Casino a décidé parallèlement de lancer des « études indépendantes complémentaires afin de garantir le plus strict respect de la certification halal ».Un site internet a révélé il y a quelques jours un rapport d’analyses d’un laboratoire faisant état de la présence de porc dans les saucisses de volaille de la marque Herta.
Le groupe Nestlé récuse toute présence de porc dans les saucisses Halal suite à des analyses réalisées à sa demande par un autre laboratoire. »Nous sommes pris dans un débat » sur la certification halal, a souligné Valérie Bignon, porte-parole de Nestlé France. « Si les procédures de certification doivent être modifiées, nous nous adapterons sans problème », a ajouté la responsable.
La Mosquée de Paris est chargée de la certification des produits halal de Nestlé. « Le laboratoire qui a effectué les contre-expertises est réputé indépendant et comme le plus fiable d’Europe », a-t-elle assuré dans un communiqué.
« Les résultats des analyses très poussées sur le lot concerné et sur d’autres lots sont scientifiquement sans équivoques (aucune trace d’ADN de porc !) », ajoute l’institution qui évoque « un marché hyperconcurrentiel » et s’interroge « sur les conditions d’analyse faite par ceux qui jettent l’anathème sur la certification de la Grande Mosquée de Paris ».
Il n’existe pas dans l’Hexagone de label halal, reconnu par l’ensemble de la communauté musulmane, estimée à environ 5 millions de personnes, soit la plus importante d’Europe.
Dans les faits, trois mosquées, Paris, Lyon, Evry, sont habilitées à délivrer des cartes de sacrificateurs, mais ce sont ensuite une multitude d’organismes, qui effectuent des contrôles, notamment dans les abattoirs, avec des méthodes et des définitions du halal différentes. L’alimentation halal, conforme à la religion musulmane, représente un marché à fort potentiel de développement. Les principales marques et les grandes enseignes ont décidé ces dernières années de se positionner sur ce secteur.

10mar/112

Al Kanz et la fatwa

Voici un texte publié sur le site dAl-Kanz.

Les poulets vendus dans les restaurants KFC ne sont pas halal, tout comme les poulets Doux qui ne sont pas non plus halal. Fin février, nous étions au Gulfood, un salon alimentaire en passe devenir la référence internationale en la matière. Nous y avons rencontré Guy Odri, directeur général du groupe Doux, qui avant de nous chasser de son stand a clairement reconnu que les poulets Doux sont passés par électronarcose et abattus mécaniquement. Les viandes vendus chez Quick, non plus, ne sont pas halal, comme l’ont clairement dénoncé, l’an dernier, les mosquées d’Evry et de Paris (voir Selon les mosquées d’Evry et de Paris, Quick n’est pas halal). Quant à la gamme Carrefour halal, le numéro 2 mondial de la grande distribution a décidé d’assumer publiquement le recours systématique à l’abattage mécanique.

En 2010, quelques semaines après nous avoir fait parvenir une première fatwa (avis juridique) condamnant le recours à l’électronarcose et l’abattage mécanique, Majarrah, lecteur d’Al-Kanz, nous envoyait une seconde fatwa, en version audio. La première fatwa émanait du cheikh Rajihi, celle-ci du cheikh Abd Al-’Aziz ‘al ash-Shaykh, mufti d’Arabie saoudite, président du comité permanent des recherches scientifiques et de l’Ifta* et président du l’assemblée des grands savants. Vous la trouverez ci-dessous. Quelques précisions au préalable sur les conditions de cette fatwa :

- la question a été posée le dimanche 1er dhul-hijjah 1431, qui correspond au 7 Novembre 2010, à l’issue d’un cours que le cheikh a donné dans la mosquée Ibn Baz (La Mecque). Cette mosquée est fréquentée par les musulmans de France venant accomplir leur pèlerinage, car réputée pour accueillir de nombreux cours de savants avant le début du hajj. Ce jour-là, l’assistance comptait plusieurs pèlerins français.
- la question est posée au cheikh sans que ce ne soit précisée la méthode d’abattage. Il est simplement indiqué que la méthode d’abattage n’est pas conforme au rite islamique. Le cheikh répond en évoquant l’une des méthodes non conformes, en l’occurrence l’abattage par étranglement. La réponse du cheikh vaut pour tout mode d’abattage haram (interdit), comme l’est l’abattage mécanique.
- la seconde partie de la réponse du cheikh est une réponse de prudence. Lors de ce genre d’assises, un savant répond en fonction des éléments apportés dans la question qu’on lui soumet. Il doit à cet égard faire preuve de prudence et ne pas prendre pour argent comptant ce qu’on lui affirme. D’où le conditionnel. Ajoutons qu’un droit de réserve oblige le cheikh à s’en tenir à des déclarations mesurées.

Question : Nous résidons en France et nous avons récemment vu à la télévision française la diffusion d’un reportage consacré à la production de viande halal en France.
Notre plus grande surprise a été d’apprendre qu’une grande société vend des poulets en prétendant que ces derniers sont halal, mais il est ensuite apparu qu’elle ne procédait pas à la mise à mort des poulets selon le rite islamique, et qu’aucun contrôleur de la méthode d’abattage n’était présent dans ses bâtiments. De plus, cette société importe ses bêtes dans le Golfe, et particulièrement dans le royaume d’Arabie Saoudite. Nous espérons donc que vous pourrez nous donner votre point de vue à ce sujet.

Réponse : Premièrement, il est à noter que la nourriture des gens du Livre (Ahl al-Kitâb) nous est permise, car Allâh a dit : « Vous est permise la nourriture des gens du Livre, et votre propre nourriture leur est permise. » (Sourate 5, Verset 5), « nourriture » signifiant ici « animaux abattus ». Nous en déduisons ainsi que les animaux abattus par les gens du Livre nous est licite, de même que les animaux que nous avons abattus leur sont permis. Il est également à savoir que le Prophète صلى الله عليه وسلم s’est nourri de ce qui avait été préparé par des juifs : lorsqu’une femme juive lui offrit un plat contenant de la viande, et qu’un juif lui offrit un pain d’orge sur lequel se trouvait de la graisse animale fondue, il les consomma.

Cependant, s’il est avéré que l’abattage [pratiqué par cette société, NDT] s’effectue par exemple par étranglement de l’animal*, cela est une autre affaire : si l’abattage des animaux s’effectue selon le rite légiféré en Islam, Allah nous a certes permis de les consommer, mais si cet abattage est réalisé dans des conditions contraires au rite islamique, comme le fait de mettre à mort l’animal en l’étranglant, l’affaire est ici toute autre.

Ce que l’on sait à l’heure actuelle, et Allâh est le plus Savant, cet abattage est généralement réalisé conformément au rite islamique, car de nombreuses recherches ont été effectuées à ce sujet par Al-Hay’ah (l’assemblée des grands savants d’Arabie Saoudite). Et ce qui résulte de ces recherches, c’est que la base réside dans la permission, tant qu’un élément ne vient pas montrer avec certitude que l’abattage de cette société n’est pas réalisé selon le rite islamique.

La dernière phrase est intéressante, en ce qu’elle illustre pleinement la réalité d’aujourd’hui : l’abattage mécanique, tel qu’effectué dans les sites de production des poulets Doux, Carrefour, etc., n’est islamiquement pas acceptable. Sauf qu’il existe un décalage, qui profite au faux halal, entre les principes qui régissent le halal et ceux qui ont réussi à faire croire tant aux autorités gouvernementales des pays musulmans qu’aux consommateurs eux-mêmes que leurs méthodes sont conformes au rite islamique.

Une fois encore, on se rend compte combien les industriels travaillent pour leur propre intérêt et se fichent de l’intérêt tant de leurs salariés que de la France. 1) De leurs salariés : les pays musulmans sont de plus en plus sensibles à ce que les entreprises étrangères importent chez eux. Aux Emirats arabes unis, par exemple, certaines entreprises françaises ne sont pas les bienvenues du fait de leur partenariat avec tel ou tel organisme de certification. D’autres entreprises sont aujourd’hui clairement menacées. Plutôt que de se conformer aux règles, pourtant simples, qui régissent le halal, elles préfèrent commercialiser du halal contrefait, avec le risque de se voir prochainement blacklisté, ce qui mènerait en France, dans certains cas, au licenciement de plusieurs centaines de salariés. 2) De la France : nous ne cessons de le dire depuis des années. Le halal est une chance pour la France. Notre pays dispose d’un outil industriel et d’une large population musulmane, deux atouts pour devenir l’un des fleurons mondial sur le marché du halal. En lieu et place, les produits halal français font, à l’étranger, de plus en plus l’objet de suspicion, voire de rejet. En laissant le champ libre aux mauvaises pratiques et aux entreprises qui ont choisi la stratégie du faux halal, les décideurs participent à la déréliction de l’économie de notre pays. Jusqu’ici, tout va bien… mais l’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

* La position de l’ifta est très claire : selon les principes rappelés par ce conseil de savants, l’abattage tel qu’il est pratiqué notamment par Doux, Carrefour et les fournisseurs de Quick, n’est pas acceptable islamiquement parlant. Cf. la seconde partie d’un article publié en juin 2010 : Non-halal : Doux rencontre des acheteurs saoudiens.

10mar/110

Hausse des abattages rituels : « Brigitte Bardot dit vrai… »

(RMC)Brigitte Bardot vient de porter plainte contre les ministres Brice Hortefeux (Intérieur) et Bruno Le Maire (Agriculture). Elle dénonce la généralisation des abattages rituels, cruels pour les animaux dit-elle. « Vrai », concède sur RMC un responsable de la filière.

En ligne de mire de Brigitte Bardot, l’abattage des animaux selon les rites musulman et juif. Selon elle, la pratique se généralise en France. Selon cette méthode, les animaux ne sont pas étourdis mais égorgés vifs, alors qu’ils sont parfaitement éveillés. Selon la Fondation de l’ancienne actrice, ce rite pratiqué dans les abattoirs engendre des souffrances inacceptables pour les bêtes dont l’agonie peut durer un quart d’heure.

« 60% des moutons abattus en France sans étourdissement »
Elle souligne que la technique de l’étourdissement – qui est supposée être la norme en France – permet au moins à l’animal de perdre conscience avant d’être tué. Selon elle, 43% des veaux et 60% des moutons abattus dans l’Hexagone « subissent » un rituel halal ou casher, « sans aucune transparence pour le consommateur ». 60% à 70% des produits de l’abattage rituel arriveraient ainsi dans le circuit de la grande consommation (grandes surfaces, boucheries de quartier…) sans mention ni étiquetage visant à informer l’acheteur de ce qu’il met dans son sac à provisions.
La règlementation européenne prévoit bien une dérogation à l’obligation d’étourdissement des animaux pour motif rituel, mais la Fondation Bardot estime que « ce qui doit être l’exception est devenu la règle en France ».

« Pas de données fiables pour contredire Bardot »
Cet ensemble d’affirmations est-il exact ? A en croire Yves Berger, délégué général d’Interbev (organisme représentant l’ensemble de la filière de la viande en France), la réponse est affirmative. « Oui, c’est vrai, la pratique de l’abattage rituel est en pleine augmentation en France. Et effectivement, nous n’avons aucune donnée suffisamment fiable pour contrer les chiffres avancés par Brigitte Bardot ».
Prenant pour exemple la région Ile-de-France, Yves Berger concède que « tous les abattoirs font de l’abattage rituel. Dans la région, quasiment 100% des moutons tués le sont par égorgement. L’explication est simple, c’est qu’il y a une forte concentration de croyants musulmans ».

« Des responsables religieux très à cheval sur l’interprétation des textes »
Selon lui, la filière travaille actuellement à une évolution des pratiques. Une obligation d’étiquetage visant à informer les consommateurs sur le mode de l’abattage de l’animal consommé est notamment à l’étude, explique Yves berger. « Comme on indique déjà la race de l’animal dans les rayons, on pourrait très bien indiquer la manière dont il a été tué », suggère-t-il.

Des réflexions sont aussi engagées pour un adoucissement des méthodes d’étourdissement qui pourrait convenir à l’abattage rituel, comme c’est le cas dans d’autres pays européens. « Mais nous nous heurtons malheureusement aux responsables religieux, musulmans notamment, qui sont très à cheval sur l’interprétation des textes sacrés et qui ne veulent pas entendre parler de changement pour l’instant ».